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Deux gendarmes du GIGN grièvement blessés à Mayotte

Deux gendarmes de l’antenne locale du GIGN de Pamandzi, ont été grièvement blessés, dimanche 24 juin 2018, à Bandrélé, au sud-est de l’île de Mayotte. Les deux militaires participaient à une opération visant à interpeller un individu suspecté d’avoir commis des violences sur des touristes et visé par un mandat de recherche.

Lorsqu’ils l’ont interpellé, les deux gendarmes ont été pris pour cible par une dizaine de personnes qui leur ont jeté des cailloux et des pavés. Le plus grièvement blessé, qui se trouve entre la vie et la mort, a eu le crâne fracturé et a été plongé dans le coma. L’autre souffre d’un traumatisme crânien. Ils ont été évacués à La Réunion le lendemain. C’est la section de recherche de la Gendarmerie de Mayotte qui a été chargée de l’enquête ouverte pour homicide involontaire. Un dispositif de recherches a été mis en oeuvre pour retrouver les auteurs des jets de projectiles. L’homme recherché a lui été appréhendé.

Selon le colonel Leclercq, commandant la Gendarmerie de Mayotte : « Les agressions sur les gendarmes sont en constante augmentation ces dernières années, heureusement pas encore à l’arme à feu mais beaucoup à l’arme blanche ou avec des pierres. Un gendarme a perdu un œil encore récemment, lors d’une intervention à Bandrélé. Ces gendarmes sont visés car ils gênent ces individus dans leurs activités délinquantes. »

En novembre 2016, lors d’une audition au Sénat, le Directeur de la Gendarmerie nationale, le général Richard Lizurey, avait souligné que les gendarmes faisaient face à une « situation explosive » à Mayotte. Entre 2014 et 2015, les agressions physiques y avaient en effet augmenté de 50%, le tout sur fond de tensions communautaires. Un an plus tard, il fait le même constat : « La situation à Mayotte constitue une bombe sociale, qui explosera on ne sait pas quand. Mais cela arrivera. Tous les jours, j’entends parler de caillassages de gendarmes et de véhicules, d’agressions, ou d’opérations de décasage du fait de tensions intracommunautaires. Il est certain qu’à Mayotte, un jour ou l’autre, nous serons confrontés à des difficultés, ce qui en fait le territoire le plus préoccupant. »

La population mahoraise s’inquiète également, à juste titre, de l’immigration incontrôlée sur l’île. Un collectif avait été reçu à la Préfecture, par Etienne Guillet en 2017. Celui-ci avait rappelé au collectif les moyens alloués à la lutte contre l’immigration clandestine et les principes du droit des étrangers. « On applique la loi : un étranger en situation irrégulière a le droit de demander un titre de séjour. Nous sommes dans un état de droit et un moratoire ne peut être envisagé. »

Que ce soit dans la lutte contre l’immigration clandestine ou celle de la lutte contre le trafic de stupéfiants, le dispositif mis en place par l’Etat est largement sous-dimensionné. Pourtant, il dispose sur place d’un outil militaire performant : la Gendarmerie. Celle-ci dispose à la fois des moyens de coercition nécessaire mais également des unités d’enquêtes pour suivre efficacement les procédures, sous réserve qu’elle soit suffisamment abondée en termes d’effectifs. Néanmoins, l’Etat ne prend pas le problème à sa juste mesure, et la Gendarmerie se voit obligée de réorganiser son dispositif ainsi que l’indique le Général Lambert Lucas, commandant des Forces de Gendarmerie d’Outre-mer. Ses moyens sont contraints, alors qu’elle devrait bénéficier d’une sollicitude particulière compte tenu de la gravité de la situation.

La gendarmerie de Mayotte comprend 234 personnels permanents et 156 gendarmes mobiles qui effectuent des missions temporaires, avec des relèves tous les 3 mois. Des renforts sont hypothétiquement annoncés pour l’été 2018, et des créations d’unités sont envisagées : Une Brigade de Prévention de la Délinquance Juvénile et une Brigade Départementale de Recherches Judiciaires. Souhaitons que l’Etat ne faillisse pas à sa parole une fois de plus !

L’île de Mayotte possède la plus forte densité de population de la France d’Outre-mer : 682 hab./km2, le plus fort taux de fécondité par femme (Plus de 5 enfants) mais également le plus fort taux de pauvreté (Plus de 84%). C’est dire si l’Etat devra y mettre les moyens pour maintenir l’ordre public sans mettre en danger la vie des personnels des Forces de l’Ordre !

Il est désolant que les Forces armées en général et la Gendarmerie en particulier (seule force de police militaire en France) constituent des variables d’ajustement dont les budgets varient en fonction des besoins économiques de l’Etat, sans tenir compte des menaces pour lesquelles elles devraient être dimensionnées !

N’attendez pas que les médias évoquent cette question au journal de 20H00, ils sont étrangement muets sur cette affaire. Peut-être à cause du Mondial de foot-ball ou parce qu’ils ne jugent pas cette information suffisamment pertinente. Visiblement, ils avaient beaucoup aimé l’escaladeur de balcons, mais beaucoup moins les gendarmes chargés de maintenir l’ordre, surtout lorsqu’ils sont les victimes de voyous criminels !

 

Jean-Michel CADENAS

Délégué Départemental RN 53 – Membre du Conseil National

 

 

(Image : Ouest-France)